La pépinière viticole, profession qui remonte à 140 ans, trouve ses origines dans une catastrophe sans précédent : la crise du phylloxéra. Depuis l’Antiquité, en passant par le Moyen Âge jusqu’à la moitié du XIXe siècle, la culture de la vigne se faisait sans encombre. Les maladies telles que le mildiou ou l’oïdium, qui sévissent aujourd’hui, étaient alors absentes du territoire français. Pour cultiver la vigne, il suffisait de planter un sarment qui, au printemps, se développait pour donner ce que l’on nomme aujourd’hui un « franc de pied ». Cependant, en 1863, un désastre s’abat sur la France viticole, avant de s’étendre à toute l’Europe. À Pujaut, dans le Gard, les vignerons observent avec effroi les feuilles et les sarments se dessécher, et les ceps mourir brutalement. La maladie se propage à une vitesse alarmante. Face à cette menace, le ministère dépêche trois experts, Gaston Bazille, Félix Saluer et Jean Emile Planchon, pour étudier ce phénomène. Leur découverte est terrifiante : des centaines de milliers de pucerons jaunes infestent les racines des vignes, se nourrissant de leur sève et provoquant une infection fatale. Leur rapport est sans équivoque :

« Quelque peu agréable que soit le rôle de prophète de malheur, il est de notre devoir de faire connaître la pénible impression que nous rapportons de Provence et de sonner le tocsin d’alarme. Le mal est déjà immense, il a un caractère contagieux indéniable. Si un remède n’est pas trouvé rapidement, la Provence pourrait perdre l’intégralité de ses vignes en une décennie. »

carte du phylloxera

Maurice Girard, Public domain, via Wikimedia Commons

Un puceron responsable de la crise du Phylloxera

L’entomologiste parisien Victor Signoret, ayant reçu des spécimens de Planchon, identifie le coupable : un phylloxéra. Le nom, tiré du grec « pilos » (feuille) et « xeros » (sec), est complété par « vastatrix » du latin, signifiant « dévastateur ». Pendant ce temps, l’insecte continue de ravager le pays, se propageant par voie aérienne jusqu’à 30 km, attaquant simultanément la Provence, le Languedoc et la région de Bordeaux. Face à cette calamité, les vignerons oscillent entre incrédulité et panique, devenant la proie de charlatans proposant des remèdes inefficaces. Au début des années 1880, les trois quarts du vignoble français avaient disparu, plongeant le pays dans une crise économique et sociale majeure. Dans leurs laboratoires, les scientifiques cherchent des solutions. Plusieurs méthodes sont explorées : la submersion des vignes, l’injection de sulfure de carbone, et finalement, le recours aux vignes américaines, naturellement résistantes au phylloxéra. C’est Jules Emile Planchon qui, en 1870, découvre que le phylloxéra avait été introduit en France via des plants de vigne américains. Suite à des voyages en Amérique et des expérimentations à Montpellier, Planchon et ses collègues développent des techniques de greffage, marquant la naissance de la pépinière viticole.

La crise du phylloxéra aura détruit près de 2,35 millions d’hectares de vignes, soit presque l’intégralité du vignoble français. Le coût de la reconstruction est colossal, équivalent à celui de la guerre de 1870, s’élevant à 12 milliards de francs avant 1914. Bien que la crise se soit atténuée vers 1910, certaines régions, comme la région parisienne, la Lorraine et le Massif central, ont perdu presque tout leur vignoble. Aujourd’hui, le phylloxéra demeure dans nos terres, et tout viticulteur tentant de planter une vigne sans la greffer s’expose à une destruction imminente par cet insecte redoutable

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